22 mai 2008

le vol

je volais une tranche de tomate que j'essayais de faire entrer dans un pot de yaourt vide pour la dissimuler aux yeux de la caissière, sans pour autant l'abîmer, ce qui s'avérait être une tâche rude

laurent herrou
écrivain

21 avril 2008

les gros bras

le rendez-vous était à dix heures trente mais le trajet du tramway était aberrant aussi je paniquais, lorsque je remarquais une femme qui avait un rapport avec l'école, je lui demandais mon chemin et elle me proposait de la suivre : une fois arrivé, le directeur me désignait les élèves et la méthode à utiliser, je me disais que puisque j'étais là, autant essayer mais il fallait emprunter un ascenseur particulièrement complexe — et dans sa distribution, et dans son fonctionnement — pour accéder aux salles de cours, je confiais mes affaires (dont mon ordinateur portable) à la femme du tramway bien qu'elle me le déconseillât, une fois revenu à l'étage désiré je la trouvais au bar, un verre à la main, avec un serveur très entreprenant, je lui demandais où étaient mes affaires et elle haussait les épaules, je serrais son cou de mes deux mains en lui promettant de la défigurer si jamais mon ordinateur, et toute ma littérature, étaient perdus ou volés, elle riait, ivre, sans se défendre
finalement arrivé en haut de l'escalator, je constatais que j'avançais (mal) en fauteuil roulant, les gens me bousculaient dans les couloirs de l'aéroport, ils évitaient mon regard, le handicap, je pensais, n'est pas un combat gagné, je souriais pourtant en me disant que mes bras allaient devenir plus musclés que jamais, vu les efforts nécessaires à la bonne marche du fauteuil

laurent herrou
écrivain

06 avril 2008

le rêve du 5 avril / 4

j'étais nu sur la photographie, le sexe en avant, le texte de la note disait que l'on recevait de telle heure à telle heure, l'emploi du temps était dirigé par d'autres mains que les miennes et ce n'était manifestement pas une de tes photographies, pas plus que mes mots, je les trouvais pauvres, je ne m'arrêtais pas à la nudité, j'en avais l'habitude, le rédacteur décidait de poursuivre l'expérience avec une deuxième photographie, sur le même sujet, même éclairage, il proposait un nouveau texte tout aussi insipide et je me cassais la tête pour combiner les deux et écrire quelque chose de valeur qui redonnerait ses lettres de noblesse au site — je le faisais pour toi, pour ne pas te trahir

laurent herrou
écrivain

le rêve du 5 avril / 3

la voiture finalement nous éloignait encore plus du centre ville, je demandais à janique si on était bien dans la partie ouest de la ville, aux alentours de l'hôpital, elle confirmait tandis que l'on avançait entre des rangées d'immeubles rouges de plus en plus serrées, le fond bleu du ciel, de plus en plus éloigné, illuminait pourtant la couleur italienne, je me disais que si tu avais été là (tu ne conduisais donc pas?), tu aurais fait une photographie inédite

laurent herrou
écrivain

le rêve du 5 avril / 2

avant cela, ou après, j'étais dans le restaurant d'alex et on me servait des plats que je n'avais pas commandés, je comprenais que c'était offert, la serveuse voulait que je lui donne un euro, histoire de se faire de l'argent de poche, nicolas, attablé à quelques mètres de moi, me lançait des regards noirs en découpant une pizza aux moules, c'était une pâte ronde criblée de petits visages qui le fixaient avec terreur, bordés d'obscurité (la coquille en coiffe) et qui attendaient d'être dévorés, nicolas et moi ne nous parlions pas mais la pizza représentait une menace, comme un échange de paroles l'aurait été aussi

laurent herrou
écrivain

le rêve du 5 avril / 1

le tramway était au milieu de la promenade des anglais, je n'en connaissais pas la destination mais j'étais crevé, ma grand-mère pleurait, je lui disais que je lui achèterais ce matelas en mousse pour qu'elle n'ait plus mal au dos, en vérité je pensais le faire sans le lui dire, la surprendre, on arrivait sur une place boueuse qui s'appelait saint-augustin, à l'opposé de là où nous allions, je ne reconnaissais pas les lieux, je voulais prendre un taxi, au diable l'avarice, mais ceux qui passaient éteignaient leur signal de disponibilité, tu arrivais comme par miracle, tu étais toi aussi dans le tramway avec ta voiture, tu disais : je vous raccompagne

laurent herrou
écrivain

04 avril 2008

Le rêve du manuscrit

Je vais passer quelques jours chez un ami écrivain et sa copine. Il insiste pour lire les quelques pages d’un roman que j’ai commencé à écrire, sur un flic confronté à des disparitions d’origine extra-terrestre, dans le New-York des années 50. On est dans sa chambre. Il annote mon manuscrit ; il trouve le début très bon, mais le reste vraiment nul. Il me dit, un peu gêné, que je perds mon temps avec l’écriture, que je n’ai pas le talent pour. De rage, incapable de parler, je m’empare de son stylo et j’écris sur la première page : TU M’AS DIT QUE JE N’AI AUCUN AVENIR FILS DE PUTE. Je vais dans le salon rassembler mes affaires. J’entends sa copine qui lui dit de ne pas s’en faire, que je suis un pauvre type.

Al'
rêveur

02 avril 2008

Le rêve de la princesse solitaire

Je suis vêtu comme au XVIIIe siècle, et un valet m’accompagne. Pourtant je dispose d’un appareil photo numérique. Je loge dans un château, vide à l’exception d’une belle et jeune princesse, la maîtresse des lieux. Peut-être a-t-elle des domestiques, mais il fait nuit. Dans la journée, je me suis promené à cheval dans la campagne. J’ai pris des photos d’arbres. L’appareil que j’utilise a le pouvoir de révéler les formes latentes dans l’écorce : elfes repliés en position fœtale, aux vastes ailes diaphanes ; corps surpris dans leur dernier instant, figés par les cendres d’une explosion volcanique, et que la brise effrite… Je me glisse dans la chambre de la princesse pour voler une photo d’elle dans son sommeil. Elle se réveille brusquement. Elle me demande de lui montrer les photos. Je mets l’appareil en mode diaporama. Les photos se succèdent très vite, comme un petit film d’animation stroboscopique. Puis en riant elle va chercher mon sexe, le sort, et entreprend de le couper avec un cutter, par petits coups. Curieusement, le sang ne gicle pas. Juste une coupure rouge bien nette. A mi-chemin je prends conscience de la situation et je lui dis d’arrêter. Je quitte le château en courant. Vu de l’extérieur, le château ressemble à celui de ma famille. Je traverse en battant des bras le pré en contrebas; la nuit m’engloutit.

Al'
rêveur

le rêve du chat

Encore un rêve de téléportation. Je me réveille un peu avant l’aube, paniqué car je n’y vois rien : panne de courant. La chambre, dans mon appartement, et ma chambre, chez mes parents, se confondent : je sais que je suis dans mon appartement seulement parce qu’il y a mon chat qui dort contre mes jambes. Il y a, sur ma gauche, un élément de ma chambre d’adolescent : un combiné radio-cassettes-CD posé sur un tabouret. J’entends des bruits, et la télé, très étouffée, en provenance de la cuisine, chez mes parents, comme à chaque fois qu’ils se lèvent. Je voudrais prendre le petit-déjeuner avec eux. Je me lève, le chat me suit. Je porte un pyjama. Dès que je passe la porte, je suis dans le couloir, chez mes parents. Je suis guidé par la lumière en provenance de leur chambre et de la cuisine. Ils échappent forcément à la panne de courant de mon appartement. Mon père est dans la cuisine, quant à ma mère elle est encore en train de se lever. Je vais la voir. Elle est ravie de cette surprise, elle me demande comment j’ai fait pour venir dans la nuit sans les prévenir. Je lui explique, je lui montre le chat occupé à tout sentir, en lui disant que c’est mon élément de repère, mon attache, qu’il me permettra de rentrer chez moi (dans le rêve, je pense au mot « clef »). Je ne suis qu’à moitié réel. Puisque la porte de ma chambre fait sas de téléportation, ma mère se dit que je repartirais bien avec quelques meubles qu’elle gardait pour me les donner. Dans une sorte de frénésie, devant la porte, elle empile tables basses et commodes, comme si elles n’avaient pas de poids. De beaux meubles Art-Déco, c’est dommage que je n’aie pas de place dans mon appartement. Puis je prends le chat dans mes bras, et je rentre en réintégrant une sorte de moi spectral resté figé un peu après la porte.

Al'
rêveur

Le rêve du goulag

C’est le début du printemps, en Sibérie, dans les années 30. Il gèle encore le matin. Un cinéaste et sa femme ont été enfermés par les forces de progrès dans un camp de travail, sur ordre direct de Staline. Le camp est un grand bâtiment dont on restaure les murs de briques. Le cinéaste est grand, très maigre et affaibli, ses yeux trahissent une nostalgie abyssale. Une cigarette tordue dépasse de son écharpe. Sa femme est belle en dépit de ses yeux cernés, de magnifiques boucles blondes s’échappent de l’espace entre le col de son trench coat et son béret. Le couple erre dans la cave en compagnie d’autres prisonniers politiques. Ils attendent leur exécution. On appelle le cinéaste, pour qu’il monte. On lui laisse écrire une dernière lettre à sa femme, sur un pupitre d’écolier. Il la laisse blanche, se contente de signer. Un ouvrier lui demande de venir l’aider sur une plate-forme, en haut d’un mur. Il pousse un soupir, ce n’était que pour accomplir une corvée, finalement. Arrivé en haut, l’ouvrier le pousse. Au sol, un groupe se forme pour l’achever à coup de marteau. Une tristesse infinie s’abat sur l’ouvrier chargé de l’exécution. Il ne contrôle plus ses larmes. Le directeur du goulag est gêné, car l’opération devait rester discrète. Il envoie l’ouvrier à la cave.

Al'
rêveur

Le rêve du grenier

Une variante d’un rêve que j’ai déjà fait plusieurs fois. J’habite un appartement différend. Il n’a rien de particulier, c’est juste un autre appartement. J’ai faim. J’ouvre plusieurs plats tout prêts, bien au-delà de mes besoins, j’en laisse les trois-quarts dans une assiette, au frigo. Quelqu’un frappe à ma porte. C’est ma grand-mère. Je passe le seuil et instantanément, je suis dans sa maison. La porte du grenier et celle de mon appartement se confondent. Dans la vaste cuisine, baignée de la lumière d’un jour de printemps, il y a ma mère et deux de mes tantes. Elles sont contentes de me voir, mais s’étonnent de ma venue à l’improviste. Je suis venu par téléportation. Je ne reste pas. Je n’ai de toute façon pas pris mes affaires. On discute un moment. Le soir arrive. Il me faut repartir. Si le coup du grenier ne marche plus, je suis bon pour prendre le train. Mes craintes se confirment. Je monte dans le grenier. Il occupe l’intégralité de l’étage, abandonné depuis longtemps. C’est la caverne d’Ali Baba de mon enfance ; labyrinthique, poussiéreuse, riche d’un passé mystérieux. Apparemment, des touristes y logent. Près de l’escalier, un couple s’affronte à l’escrime, à l’aide de poutres. Il les manipule avec grâce, comme si elles n’avaient pas de poids. Je m’assoupis en regardant le duel. Je me réveille dans l’appartement du début du rêve.

Al'
rêveur

le rêve

j'ai rêvé que j'étais vieux

laurent herrou
écrivain

18 mars 2008

Le rêve de la bombe

Je fais partie d’une organisation terroriste, dans les années 50, à Paris. Il est prévu que je me fasse sauter. Le rêve est dans les tons gris-clair. Je suis allé chercher la bombe dans une librairie que tient un contact. La librairie est spacieuse, elle occupe toute une maison ensoleillée. Le libraire a dissimulé la bombe dans un livre de poche. C’est un classique de l’âge d’or de la SF, l’œuvre d’un auteur américain. Le roman décrit les randonnées dans le désert d’un pilote chargé de faire s’abattre le feu nucléaire. Il court pour rattraper quoi ? Mais je ne veux pas mourir. Je suis un traître. Je me rends dans une planque des services secrets, au fond d’une cave à vin derrière un panneau coulissant. Un agent m’attend. Je dénonce le complot.


Al'
rêveur

Le rêve du backstage

Je suis dans une petite ville qui monte à l’assaut d’une colline. Au sommet, il y a un terrain vague, avec de l’herbe et des arbres, sur lequel donnent d’anciennes fermes. Il y a plusieurs mois de ça, on y a dressé une scène pour un concert. On ne l’a toujours pas démontée car une partie du public la squatte encore; la mairie n’ose pas procéder à l’évacuation. J’y vais un soir par curiosité et pour voir une amie. Le backstage, surpeuplé, est occupé par des étudiants d’extrême-gauche, ainsi que par des groupes resserrés d’altermondialistes. Ils fument des joints, se font à manger sur des réchauds. Au fur et à mesure que je me fraie un chemin, je reçois des regards mauvais, des coups de coude, on cherche à me faire tomber. Je prends conscience de la haine paranoïaque des yeux fixes et brillants, de la violence difficilement contenue derrière la mollesse des gestes. Le sourire sanglant de l’innocence, quand par l’affirmation d’un idéal, on recherche l’abolition des barrières morales. Mon amie se précipite à mon secours, me prend par le bras et me fait sortir avant qu’il ne m’arrive malheur. Sous les étoiles, elle me dit de ne plus jamais revenir.

Al'
rêveur

Le rêve de la princesse japonaise

Je suis assis en tailleur dans un dojo, en compagnie d’autres personnes. J’ai sur mes genoux le fac-similé d’un livre d’estampes, avec des espaces à remplir pour le texte. Le sensei possède le même livre, en japonais, qu’il traduit à voix haute. Au fur et à mesure qu’il lit, je note la traduction au feutre. Je calligraphie chaque mot, car je veux que mon exemplaire soit unique, je compte l’offrir à quelqu’un. Le livre raconte la légende d’une princesse dont le mari est parti à la guerre. La princesse se rend dans un temple au sol rouge, pour y danser le printemps et la sauvagerie des combats; jusqu’à ce qu’elle s’effondre, à bout de forces.

Al'
rêveur

09 mars 2008

hillary clinton

emily et moi participions à un tour de table avec hillary clinton, dans les rues de nice, quand l'ancienne première dame des états-unis s'effondrait sur le sol, nous nous précipitions vers elle et je cherchais son pouls, ce n'était qu'un malaise, il n'y avait pas de tireur embusqué et je m'indignais de l'incompétence des gardes du corps qui continuaient de scruter fenêtres et arbres à la recherche d'éventuels complots quand leur protégée gisait à terre, ce qu'ils n'avaient toujours pas remarqué, nous ramenions hillary dans sa voiture blindée où elle refusait de répondre à mes questions sur son état de santé ou de nerfs, ou de possibles tensions au sein de son équipe, en désespoir de cause nous nous abîmions dans la diffusion télévisée d'une candidate de la star academy qui expliquait sans nuance aucune que pour gagner, il suffisait d'y croire ce qui déclenchait l'hilarité générale

laurent.herrou
écrivain

La maison à vider

Je revenais dans une maison que j'avais brièvement louée ou habitée sans en avoir l'autorisation. Je n'avais pas réussi à débarrasser toutes mes affaires et je venais essayer de le faire en douce.
Seulement je croise la fille de la propriétaire dans la maison, elle est avec plusieurs amis dont une nouvelle maman qui donne le sein dans un des lits. Ils étaient là en passage, profitant de la maison de la mère (la propriétaire était une ex employeuse). La jeune femme s'amusait un peu de moi, ses amis aussi.
La cuisine est remplie de mes affaires: des tonnes de journaux, de papiers. On me demande de manière toujours amusée mais légèrement méprisante (comme une bonne blague à mes dépends entre ce groupe d'amis) comment j'ai fait pour accumuler autant de journaux anarchistes. Il était clair que ces jeunes gens avaient fouillé les affaires que j'avais laissées faute de pouvoir débarrasser les lieux à temps. Puis la jeune fille montre un certain agacement, elle a bien rit mais il faut que je sois partie avec mes affaires à la fin du weekend. Eux s'en vont pour une escapade, à leur retour je ne dois plus être là.
Je me retrouve à essayer de ranger tout cela. Je suis là alors que je ne devrais pas y être; une gamine m'avait prise de très haut. Je me sentais mal mais j'essayais de réagir. Il y a un étage, une mezzanine, je me demande pourquoi je ne me suis pas autorisée à l'investir quand j'habitais là. Cette mezzanine aurait pu être sympathique. J'avance dans le vidage, j'y suis presque quand la porte s'ouvre violemment: c'est ma mère qui ne semble pas vouloir comprendre que je ne devrais pas être là et que j'essaye d'en partir. Je n'arrive pas à lui parler, à me faire comprendre, à l'arrêter. Elle me donne l'image du vent, elle est rentrée comme un coup de vent, une mini tornade, elle arrive au milieu de la pièce ou je suis de manière très fluide mais très imposante, je ne peux rien faire, les bras m'en tombent, je suis totalement dépassée. Elle déballe plein de meubles, d'affaires, qu'elle a amené pour ma maison. Tout va très vite, elle ne me laisse pas lui dire non, tout début d'objection est contré par des remarques comme quoi tel objet est très bien, mais si c'est la mode, etc... Je regarde impuissante, elle vient de bourrer la maison qu'il fallait que je quitte, je me sens clouée au sol, asphyxiée.

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